CHAPITRE 3
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LA PREUVE
3.3 L'admissibilité des preuves
3.3.6 Le ouï-dire
Le ouï-dire est un type de preuve indirecte. C'est « ce qu'on connaît pour l'avoir entendu dire455 Notes de bas de page », c'est ce que rapporte une personne pour l'avoir entendu dire ou l'avoir appris par une personne qui, elle, en a été témoin soit oculaire soit auriculaire456 Notes de bas de page.
Le ouï-dire, ce sont les faits ou les événements que l'on relate à partir d'un rapport ou d'un journal que l'on a lu ou à partir d'une émission de télévision que l'on a vue. Celui qui rapporte le ouï-dire devant un tribunal relate une preuve indirecte ou secondaire; il est en quelque sorte le porte-parole des témoins directs de l'événement.
Le tribunal administratif, maître de la procédure, peut accueillir toute preuve, même indirecte. En principe, la preuve par ouï-dire est admissible devant un tribunal quasi judiciaire pourvu que les règles de la justice naturelle soient respectées. Comme l'affirmait lord Denning : « Hearsay is clearly admissible before a tribunal. No doubt in admitting it, the tribunal must observe the rules of natural justice457 Notes de bas de page ». « Il ne fait aucun doute que la preuve par ouï-dire est admissible devant un tribunal pour autant que les principes de justice naturelle soient respectés »[traduction].
Suivant cette même règle, les cours ont rejeté des contestations qui s'objectaient à la réception de preuves par ouï-dire458 Notes de bas de page. Le tribunal est « maître de la preuve et ce n'est que dans la mesure où la façon de l'administrer fera un accroc aux règles de justice naturelle que le contrôle judiciaire sera opportun459 Notes de bas de page ». Cela signifie que le tribunal doit donner à celui qui conteste cette preuve toute la latitude nécessaire pour se faire entendre et contredire cette preuve460 Notes de bas de page.
L'admission du ouï-dire peut être envisagée sous divers angles. Certains ont tendance à le rattacher au droit au contre-interrogatoire; ne pas permettre le contre-interrogatoire sur une preuve de ouï-dire équivaudrait au non-respect des règles de justice naturelle : « Even though that evidence may well have been admissible we are all of the view that the employee did not receive a fair hearing in the circumstances. His counsel had no real opportunity to cross-examine on the evidence that was presented461 Notes de bas de page». « Nous convenons tous que l'employé n'a pas eu droit à une audience équitable dans les circonstances et ce, même si la preuve aurait très bien pu être admissible. Son avocat n'a pas vraiment eu l'occasion d'effectuer un contre-interrogatoire relativement aux éléments de preuve produits »[résumé].
D'autres considèrent que le contre-interrogatoire n'est pas en soit nécessaire. Il s'agit simplement de donner à la partie adverse l'occasion de contredire d'une façon quelconque la preuve présentée : « [...] the tribunal must observe the rules of natural justice, but this does not mean that it must be tested by cross-examination. It only means that the tribunal must give the other side a fair opportunity of commenting on it and of contradicting it462 Notes de bas de page». « [...] le tribunal doit observer les principes de justice naturelle, mais il n'est pas absolument nécessaire qu'il y ait contre-interrogatoire. Il suffit simplement que le tribunal accorde à l'autre partie une possibilité équitable de commenter la preuve et de la contredire » [résumé].
On peut donc soutenir qu'en droit administratif, la preuve par ouï-dire est permise; toutefois, le tribunal doit voir à ce que la partie adverse puisse faire face à cette preuve de façon adéquate, mais pas nécessairement par la voie du contre-interrogatoire.
Le ouï-dire est admissible et admis sans difficulté devant le conseil arbitral463 Notes de bas de page. Toutefois, si le ouï-dire est la seule ou la principale preuve, le conseil fait mieux d'indiquer comment cette preuve a pu le convaincre464 Notes de bas de page. Le conseil doit « apprécier la valeur probante de telle preuve dans le contexte de l'ensemble de la preuve465 Notes de bas de page ». Nous aborderons plus loin la question de sa valeur probante.
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